So long my friend ?>

So long my friend

Henning Mankell est mort aujourd’hui.

Je voudrais avoir autre chose à dire, mais là tout de suite, rien ne me vient. C’est très étrange comme sensation. On me l’a annoncé comme ça, parce que celui qui me l’a dit ne pouvais pas savoir, ne pouvait pas imaginer. J’ai eu l’impression que quelque chose se fissurait quelque part.

Je ne vous ai jamais caché mon attachement à Henning Mankell. Laissez-moi un peu vous raconter.

J’avais 15 ans quand j’ai lu mon premier Mankell. C’était Le retour du professeur de danseJe me suis pris une de plus grandes claques de ma vie avec ce roman. J’avais l’impression qu’un horizon littéraire s’ouvrait à moi. J’avais déjà lu beaucoup de polars, qui constituaient l’essentiel de mes lectures, mais celui-ci surpassait tous les autres. J’ai eu confirmation de cette sensation lorsque j’ai lu mon premier Wallander. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai adopté Kurt Wallander dans mon cœur. Avec les livres, pour peu qu’on fasse un peu attention à eux, il se passe parfois des choses incroyables. Wallander, c’était comme un membre distant de la famille, quelqu’un vers qui on peut se tourner quand on a besoin, et même s’il est un peu bourru, qu’il se casse parfois la figure, à la fin il finit toujours par avoir raison. Il y a beaucoup d’humanité en lui, il était une valeur sûre qui avait toujours des histoires à raconter. Et à cette époque-là, on ne peut pas dire que j’étais très en forme. J’avais bien besoin qu’on me raconte des histoires, et c’est lui qui l’a fait le mieux.

Je dois vous paraître un peu cintrée, mais c’est comme ça. Mankell m’a amené à une littérature plus adulte, plus mature. Il m’a donné envie d’aller vers d’autres choses, et tous les livres que j’ai lu depuis lors, les siens en premier,  ont aussi fait de moi la lectrice que je suis. Sans Mankell, je ne serai sans doute pas la même Mary. Peut-être même que je ne serais jamais devenue libraire. Des fois, je dis qu’il a changé ma vie, et je le pense réellement. Dans ses livres, et dans les bouts de sa vie que je connais, il paraît que c’était quelqu’un de bien, d’humain, d’engagé à de multiples niveaux. Je veux bien le croire quand je lis ce qu’il écrit.

J’ai énormément de peine ce soir. Je ne sais pas le nombre de gens qu’il a atteint, le nombre de vies qu’il a touché, mais je sais une chose: il a bouleversé la mienne.

Alors merci pour tout.

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16 réactions au sujet de « So long my friend »

  1. Comme je te comprends! C’est un très bel hommage que tu lui rends ici. Et je te comprends car, moi aussi, un écrivain m’a ouvert la voie.
    Ils ne le sauront jamais, mais l’immense reconnaissance que l’on a pour eux s’inscrit dans une certaine forme universelle d’humanité, je crois.

    1. merci à Mary pour ce témoignage que je comprends parfaitement . Pour moi, la mort de Mankell cela fait comme un deuil personnel … J’étais attachée à Wallander , mais aussi à l’auteur, et aux autres livres . je crois que son humanité, son engagement , transparaissaient dans ses oeuvres … beaucoup de tristesse donc aujourd’hui

  2. A reblogué ceci sur La livrophageet a ajouté:
    Grosse tristesse hier en apprenant cette nouvelle, le décès de cet auteur tant aimé, par tant de lecteurs. Kurt Wallander reste mélancoliquement ancré dans nos imaginaires, reste un ami discret mais toujours présent. Aujourd’hui, je laisse la parole ici à mon amie Mary.Mankell est celui qui lui a ouvert des horizons littéraires nouveaux, et bien plus que ça. Écoutez-là.

  3. Quel plus bel hommage pouvons nous faire à écrivain que de dire qu’il y a eu un avant et un après lui ? Qu’il a ouvert une porte, un chemin,qu’il nous a fait du bien, qu’il nous a changé? Une rencontre?Une aventure humaine? Une histoire d’amour donc…Le miracle de la lecture !

  4. Je me sens proche de ce que tu écris. Moi-aussi je suis triste de sa disparition: il est parti pile au moment où je me rendais compte à quel point sa manière d’écrire avait un impact important sur la suite de ma vie de lectrice. En fait non, il n’est pas partir pile à ce moment: il est parti juste avant, c’est pour ça que je me sens si frustrée.

    1. Ah oui, je comprends ta frustration. Il y a des auteurs comme ça où on a besoin de temps pour se rendre compte à quel point ils nous ont marqué. Et quand ils ne sont plus là ben… Voilà.

      1. Même s’il n’écrira plus, il continuera de vivre à travers nous…c’est ça qui est puissant, la marque énorme qu’il laisse derrière lui est un gage de la longévité de son oeuvre…enfin j’imagine.

        1. Tu as tout à fait raison. D’un point de vu plus pragmatique, et plus professionnel parce que ça déteint un peu, c’est très vrai, d’autant plus qu’il a marqué toute une génération de libraires donc on les vendra. A moins, moi je le ferai passer 🙂

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