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Shikanoko

Pour vous présenter correctement ce livre, il me faut d’abord revenir quelques années en arrière, lorsque Lian Hearn publia chez Gallimard Le Clan des Otori.

Pour ceux qui me suivent depuis longtemps, je vous en ai déjà parlé dans divers articles, et pour cause, ce livre a été un des piliers de mon adolescence et a profondément marqué ma vie de lectrice. Cette série de livres est une épopée formidable dans un Japon féodal fantasmé, où l’on croise tour à tour l’amour passionnel, le désir de vengeance et la brûlure de la guerre. Dans ce tourbillon sont pris deux personnages forts et inoubliables, Takeo et Kaede. D’une finesse exceptionnelle dans ses personnages et sa narration, Lian Hearn avait signé d’une main de maître une oeuvre à l’univers riche et envoûtant.

Aujourd’hui, avec sa nouvelle série Shikanoko ~ l’enfant-cerf, elle revient aux sources de sa saga. Deux tomes sont déjà sortis, le troisième est prévu pour la mi-août.

Vous vous demandez pourquoi je ne vous en ai pas parlé avant? Le rythme de parution est très rapide, le premier tome étant sorti au début de l’année, je me suis donc accordé le temps, après ma lecture, d’attendre le deuxième volume avant de me prononcer. Et croyez-moi, grand bien m’en a pris.

Bien des siècles avant la naissance de Takeo et Kaede, le monde est encore imprégné de magie et les forêts ramènent encore aux oreilles attentives les murmures des esprits. Un enfant tombe d’une falaise, poussé par son oncle qui convoite son héritage. Sa chute sera amortie par un cerf, et il sera recueilli par Shisoku, le sorcier de la montagne. Il va renaître sous les traits de Shikanoko, l’enfant cerf, le porteur du masque magique.

Loin de là, dans la capitale de Miyako, les complots pour renverser le pouvoir impérial se précisent. Le jeune empereur Yoshi est menacé par le prince abbé du grand temple du Ryusonji, qui espère mettre son neveu sur le trône à sa place. Il se voit contraint de fuir la capitale, avec la Princesse de l’Automne, Akihime. Dans tous ces chamboulements, les hommes se croisent autour des liens politiques et familiaux. Le destin du monde repose à présent sur Shikanoko et Akihime, pour rétablir l’équilibre sur le Trône du Lotus.

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Il me semblait très difficile de reprendre l’univers du Clan des Otori sans commettre d’impair ou d’incohérence, d’où ma prudence après la lecture du tome 1, dont la première partie sert véritablement d’introduction à cette nouvelle série. Et pourtant, c’est un pari plus que réussi. Si l’épopée des Otori avait un caractère plus moderne, et semblait se dérouler dans une sorte de XVIIème siècle, Shikanoko revient aux origines de son monde. Là où Lian Hearn est forte, c’est qu’elle s’inspire des écrits de la Cour aux alentours des Xème et XIIème siècles*, soit les Dits, qu’elle met en référence à la fin du livre, et les romans fleuves de cette époque. On a donc non seulement une cohérence dans le fond mais aussi dans la forme, et c’est diablement efficace. On assiste alors à une assise quasi-mythologique de son univers, raconté comme un conte aux intrigues imbriquées les unes dans les autres. Mieux, commencent à se profiler des clés qui, pour les habitués des Otori, fournissent un début d’explication pour des questions sans réponse, notamment concernant ce que j’appellerai ici le Vieux Peuple, ainsi qu’une certaine arme emblématique…

Je ne saurais quoi vous conseiller, entre lire le Clan des Otori ou Shikanoko en premier. La seule chose dont je sois sûre, c’est que dans tous les cas, vous ne pourrez pas en sortir de sitôt. C’est fascinant, poétique, empreint de magie et profondément humain ; Lian Hearn fait un retour osé et réussi !

Je ramasserai

Les perles transparentes éparpillées

Près de la cascade

Et m’en servirai quand la tristesse

Aura épuisé ma provision de larmes.

Kokin Wakashû

Lian Hearn, Shikanoko ~Tome 1 : L’enfant du cerf, et Tome 2 :La Princesse de l’Automne, Ed. Gallimard Jeunesse, janvier et avril 2017, traduit de l’anglais (Australie) par Philippe Giraudon.

*Concernant les classiques japonais, je ne saurais que trop vous conseiller la lecture des ouvrages suivants :

Mille ans de littérature japonaise, vol.1, paru aux éditions Picquier,

Le dit du Genji de Murasaki Shikibu, disponible en plusieurs éditions, si vous le pouvez, jetez un oeil sur celle de Diane de Selliers, entièrement illustrée,

et surtout le Dit des Heike, paru chez Verdier, qui a dû beaucoup inspirer cette histoire.

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Photo par mes soins, quelques années en arrière.

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