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Les enfants prodigues

Depuis tout jeune, Anil Patel est destiné à la médecine. Né dans le village de Panchanagar, dans le Gujarat, il est l’aîné de la famille dominante. Il a trois frères et une petite sœur au caractère bien trempé, Piya. Dans ce village, comme dans la plupart de l’Inde, on respecte encore les traditions. Les conflits sont résolus par une audience en place publique, on consulte les astrologues pour les dates des mariages, qui sont quasiment tous arrangés, et les superstitions en tous genres on la vie dure. On attend donc beaucoup d’Anil, qui suit brillamment son cursus de médecine jusqu’au moment où il obtient une place de d’interne au prestigieux hôpital de Parkview, à Dallas, au Texas. Il partage une colocation avec deux sympathiques indiens, Mahesh et Baldev, et son palier avec une charmante voisine, Amber. Il lui faut maintenant s’adapter à la vie à l’américaine, avec ses bon côtés et ses mauvais, et à la vie d’interne qui pèse lourd en terme d’horaires et de charge de travail.

On suit également le chemin de Leena, une jeune femme qui a grandi avec Anil et dont il a été bien plus proche qu’il ne veut bien se l’avouer. Fille unique d’une famille sans beaucoup de ressources, ses parents lui arrangent une mariage avec Girish, un homme du village voisin. Bien que le gouvernement indien tente des réformes progressistes, les mariages arrangés sont toujours très communs, et si certains peuvent bien se terminer, il va sans dire que la condition des femmes en Inde est réellement précaire, voire dangereuse. Le mariage de Leena ne fait pas partie des succès, loin, loin de là.

De fil en aiguille, Anil comme Leena cherchent leur place dans leur environnement, bafouant parfois, et heureusement, certaines règles préétablies par les traditions qui n’ont pas ou plus lieu d’être. Pourront-ils, cependant, vivre leur vie comme ils le souhaitent?

C’est mon premier roman indien. Dépaysement total, c’est vraiment une découverte, réussie d’ailleurs, qui me donne bien envie d’aller fureter plus loin ! Anil et Leena sont touchants. Un fils qui, s’il aime la voie qu’il a prise, se pose tout un tas de questions sur sa vie, ce qu’il veut en faire, tout en subissant les pressions de sa famille – notamment sa mère. Et Leena, qui partage le quotidien sordide et innommable des millions de femmes encore victimes de mariages arrangés, qui devra être prête à tout pour seulement survivre. Rien n’est tout blanc ou tout noir. Si la condition des femmes est de loin la plus terrible, on n’oublie pas non plus Anil, et les hommes en général. La pression qu’ils subissent est certes bien moindre, mais elle existe bel et bien : être un homme, un vrai, viril, dans un cas, ou hériter par exemple des fonctions de chef du village sans l’avoir demandé et résoudre les conflits alors qu’on est absolument pas préparé à cela et qu’on vit à des dizaines de milliers de kilomètres de là. Et au milieu de ça, il faut chercher sa voie, celle qui nous rendra heureux, en accord avec nous-mêmes.

Je pense que plus qu’un roman indien, ou d’amour, ou de famille, ce roman est avant tout un très beau texte sur l’empowerment en général, sur les moyens qu’on se donne pour réaliser nos rêves et donner un sens à notre vie. C’est un beau roman, en fait. Laissez-vous prendre par la main, c’est une belle promenade. 

La beauté vient des choses banales.

Shilpi Somaya Gowda, Un fils en or, Ed. Folio Gallimard, déc. 2016, traduit de l’anglais (Inde) par Josette Chicheportiche.

PS: A ne pas lire si vous avez faim, ça parle pas mal de nourriture et ça met l’eau à la bouche. Bon, nous on mange indien cette semaine ! Des bisous 🙂

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